Il
serait impossible de lister ici la totalité des éléments
susceptibles de perturber le développement d’un
chiot. En suivant la classification précédente,
je retiendrai les éléments perturbateurs les plus
marquants, les plus faciles à évaluer, et surtout
ceux qui vont être significatifs dans l’évolution
du comportement du chien devenu adulte.
8.1. Éléments perturbant
l’équilibre affectif
• Le déséquilibre
comportemental de la mère elle-même
Exemples : hypersensibilité, hyperactivité,
anxiété. Ce déséquilibre selon sa
nature et ses conditions de déclenchement affectera les
conditions d’apaisement nécessaires à l’établissement
d’un rapport affectif équilibrant pour les chiots.
• Toutes les situations
de rupture affective brutale et continue
On trouve dans cette catégorie deux situations opposées :
- La première se trouve dans un élevage familial
trop protecteur, où la mère est de plus continuellement
avec ses petits. Au moment de leur placement, les chiots pourront
subir un traumatisme potentiellement déséquilibrant
pour l’avenir dont l’importance sera fonction des
conditions de vie ultérieures.
- La deuxième se trouve dans la séparation trop
précoce de la mère et de ses chiots. Les productions
et certains élevages pratiquent un sevrage total précoce
dès 3 à 4 semaines pour différents motifs
contestables.
Il arrive même qu’une telle méthode soit
utilisée pour amplifier les caractéristiques d’impulsivité
et d’agressivité des chiots et empêcher l’établissement
du processus de socialisation chez les chiots pour le dressage
au mordant.
Certains éleveurs séparent les chiots de la mère
pour diminuer la période d’allaitement et protéger
la mère des déformations de mamelles en vue de
concours de beauté. D’autres vont chercher à
simplifier l’organisation de l’élevage avec
une mise en lots des animaux.
8.2. Éléments perturbant
la coordination sensorielle
• Le déséquilibre
comportemental de la mère elle-même
Il a également un rôle important à ce niveau.
En effet, dès la mise bas ou dès l’allaitement
la sensibilité exacerbée de la chienne notamment
au niveau de la douleur peut compliquer son acceptation des
contacts avec ses chiots. Ensuite, l’imitation du comportement
maternel hypersensible va diminuer la capacité d’apaisement
des chiots eux-mêmes.
L’élément le plus perturbateur prend sa
source dans cette catégorie : il est lié
à l’isolement des chiots par rapport aux stimulations
environnementales et / ou sociales auxquelles ils seront confrontés
une fois vendus. L’absence de stimulations à tous
les niveaux ou sur certains niveaux seulement, le déficit
à tous les niveaux ou sur certains niveaux seulement,
vont être responsables de déséquilibres
comportementaux évolutifs et extrêmement sérieux.
L’homéostasie sensorielle s’établit
à un niveau qui peut sembler acceptable dans les conditions
de vie de départ. Mais dès que le chiot arrive
dans sa famille humaine, les sollicitations sociales et environnementales
dont il va faire l’objet rapidement seront la cause d’une
sensibilité exacerbée et de réactions incontrôlées
plus tard…
8.3. Éléments perturbant
la coordination motrice
• Le déséquilibre
comportemental de la mère elle-même
Il a encore un rôle important à ce niveau. En effet,
l’inhibition motrice de la mère est nécessaire
pendant les trois premières semaines d’élevage
des chiots, lorsque ceux-ci n’ont pas la capacité
de réguler par eux-même leur température.
Par la suite, l’imitation du comportement trop actif de
la mère joue également un rôle dans l’accélération
de l’activité du chiot.
• Le sevrage brutal et précoce
et l’absence de contact des chiots avec la mère
ou d’autres chiens adultes régulateurs
Ces éléments vont favoriser le développement
de l’activité au travers des jeux entre chiots,
sans l’inhibition impérative que seul un chien
adulte peut réaliser.
Une mère trop passive ou débordée par le
nombre de chiots peut reproduire cet état de fait en
n’intervenant jamais dans le niveau d’activité
de ses chiots.
Si un chiot se retrouve en sus isolé des autres chiots,
sans stimulation sociale ou environnementale il peut développer
une activité de type stéréotypée,
sans fonction et sans but.
8.4. Éléments perturbant
la stabilisation émotionnelle
• Le déséquilibre
comportemental de la mère elle-même
Il a un rôle important également à ce niveau,
pendant la gestation, par le passage des neurotransmetteurs
au travers de la barrière placentaire. Après la
naissance, le manque de compétence de la mère
ne permet pas d’apaiser les petits et ses manifestations
de peur peuvent être imitées par les chiots.
• Les situations de rupture
La détresse du chiot qui accompagne les situations de
rupture prématurée et / ou brutale et / ou continue,
est à l’origine d’instabilité émotionnelle
grave pour l’avenir comportemental du chien devenu adulte.
- de même l’isolement social et/ou affectif
- de même les expériences négatives de manipulations
négatives ou de maltraitance.
8.5. Éléments perturbant
la socialisation
L’avenir du chiot de compagnie dépendra d’une
bonne ou mauvaise mise en place des processus de socialisation
intraspécifique (même espèce) comme interspécifique
(espèce différente).
• Les situations de rupture
Seront défavorables au futur équilibre social
du chiot, les « à coups » et les
ruptures dans la mise en place des deux types de socialisation,
les imprégnations uniques et forcées, les contacts
rares ou pire, négatifs. Les références
dont le chiot se servira ensuite seront créées
au cours de cette période de départ, selon les
manœuvres réalisées par l’éleveur
et par l’acquéreur. Certaines références
seront encore malléables dans l’avenir, d’autres
pas.
• Les situations d’isolement
Toutes les situations d’isolement, d’intensité
et de durée variable vont pénaliser le chiot gravement,
car il développera des troubles comportementaux en lien
avec la peur de contacts sociaux ou l’indifférence
ou encore un état de sidération dans les cas les
plus graves.
• Les situations de contacts
défavorables
Toutes les situations de contact négatif sont des formes
de maltraitance et sont à l’origine de troubles
comportementaux évolutifs et très sérieux,
car porteurs de réactions agressives.
8.6. Les éléments perturbant
le développement du chiot sont à l’origine
de son inadaptation puis de pathologies comportementales
Si la situation qui est à l’origine de l’inadaptation
est précoce et/ou durable, les conséquences en
seront d’autant plus sérieuses pour l’avenir.
Dans ce cas, l’inadaptation peut perdurer et être
responsable d’autres dysfonctionnements qu’on appellera
troubles ou pathologies du comportement.
Une pathologie comportementale ne peut pas se soigner comme
une maladie infectieuse. Elle ne s’explore pas comme les
maladies auxquelles nous sommes confrontés habituellement.
Elle ne se dose pas, ne se radiographie pas, ne s’opère
pas. Faire disparaître ce que l’on pense être
la cause peut sembler efficace dans un premier temps, mais ne
suffit en général pas sur le long terme. Quoiqu’il
arrive, une trace mentale est inscrite, mémorisée
et servira de référence pour aborder par la suite
les situations nouvelles.
Plus la trace est mémorisée dans le jeune âge,
plus elle sera considérée comme référence,
plus ses répercussions seront grandes au cours de la
croissance du jeune, plus les conséquences seront importantes
chez le même individu une fois devenu adulte.