VII
- Classification
des caractéristiques
du développement comportemental du chiot
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Ainsi, de nombreux critères
liés à la maturation neurologique interviennent
dans la relation avec les conditions environnementales et sociales.
Je proposerai ici un classement des caractéristiques
du développement comportemental du chiot en cinq catégories:
équilibre affectif, coordination sensorielle, stabilité
émotionnelle, acquisition du contrôle de la motricité,
socialisation.
7.1. L’équilibre affectif
La référence affective du chiot a pour base le
comportement maternel de la chienne. Il est évident que
les conditions environnementales rendront possible ou non l’expression
de ce comportement maternel à l’égard de
la portée de chiots. La période d’imprégnation
qui précède le sevrage alimentaire crée
un rapport quasi-exclusif des chiots avec leur mère autour
de l’apport alimentaire de l’allaitement et autour
de la sécurisation du lieu.
L’attachement biologique vital pour les petits pendant
les premiers temps, évolue progressivement vers une possible
et naturelle discontinuité. Cette période de discontinuité
se produit en même temps que le développement de
capacités motrices et laisse la place à une certaine
prise d’autonomie du petit à partir de la base
rassurante maternelle. Le détachement ne vient que beaucoup
plus tard. Chez les chiens, le détachement devient effectif
autour de la période pré-pubertaire, c'est-à-dire
entre 4 mois et 6 mois.
Le moment choisi pour l’adoption d’un chiot aura
une importance capitale pour son avenir. Cette étape
de transfert ne pourra être véritablement correcte
que si elle n’est pas vécue sous forme de rupture
par le chiot. En effet, une rupture affective inadéquate
laissera des traces émotionnelles négatives qui
persisteront toute la vie du chien.
Il est ainsi possible d’entrevoir quelle sera l’importance
à ce niveau, des conditions d’élevage dans
la mise en place de la stabilité affective et émotionnelle
du chiot.
7.2. La coordination sensorielle
Elle s’organise avec le développement des différents
systèmes de perception sensoriels. Son expression s’appelle
la sensibilité et se traduit par un niveau de filtrage
individuel plus ou moins élevé, plus ou moins
cohérent, qui évolue dans le sens d’une
recherche d’équilibre de l’organisme dans
son environnement.
Cet équilibre est bien entendu momentané. Il est
issu d’une somme de références intégrées
par l’organisme, qui détermineront un seuil d’équilibre
personnel du chiot, nommé seuil d’homéostasie
sensorielle.
La sensibilité est la faculté de percevoir des
informations venant de son propre corps ou venant de l’environnement.
Elle prend plusieurs formes en fonction de l’organe perceptif
qui en est l’outil de réception. On peut classer
les différentes sortes de sensibilité par la nature
de leur stimuli et par la localisation de leurs récepteurs.
Les intérorécepteurs renseignent sur la sensibilité
viscérale. Les extérorecépteurs renseignent
sur l’environnement immédiat au travers de la sensibilité
cutanée. Les propriocepteurs renseignent sur la position
du corps et des membres et sur leurs mouvements (musculaires,
tendineux, articulaires…). Les télécepteurs
renseignent sur les évènements de médiation
(vision, audition). Les nocicepteurs sont responsables de la
sensibilité à la douleur. La différenciation
des organes sensoriels est variable selon les espèces.
Au fur et à mesure des modifications de l’environnement
et de l’entourage social, le chiot va établir un
certain nombre de références au travers de deux
processus (habituation ou sensibilisation). Ces références
seront d’autant plus diversifiées qu’il existe
de variétés de récepteurs.
La stabilisation sensorielle du chiot dépend donc de
la constitution liée à la maturation des neurones,
incluant les processus d’intégration et de sélection.
Elle va d’une part permettre l’acquisition cohérente
des représentations correspondant aux situations perçues,
d’autre part contribuer à la sélection des
informations utiles et pertinentes pour le mode de vie d’un
chien. Il y a une permanente superposition au cours du développement
des acquisitions et des sélections.
Au total, une sorte de seuil est établi toujours de manière
provisoire. Il continuera d’évoluer un moment puis
deviendra de moins en moins malléable jusqu’à
la fin du développement du chiot, pour subir une relative
fixité. Ainsi, lorsque de nouvelles informations seront
perçues par le système sensoriel du chiot, si
elles ne sont pas intégrées et reconnues, elles
déclencheront une réaction de l’organisme
qui peut être de nature différente selon l’état
du contrôle de l’activité et du contrôle
de l’émotivité en place à ce moment.
7.3. La coordination motrice
Le développement de la motricité se superpose
à la maturation des neurones moteurs. Si le mouvement
est sans cesse stimulé, seule l’accélération
sera installée. Si l’on veut avoir en sus le frein,
il faut penser à favoriser le contrôle de la motricité
au travers de la capacité d’inhibition. Cette capacité
va s’acquérir au travers de l’inhibition
des neurones moteurs. L’intégration neuronale correspondant
à l’arrêt des actes moteurs est indispensable
à obtenir précocement dans le développement
du chiot pour espérer une bonne capacité de contrôle
ensuite. Cet élément est fondamental pour l’avenir
social du chien. En effet, parmi les actes moteurs, on retrouve
les comportements ayant pour but les prises de contact à
but social, quelle que soit l’espèce objet de ce
contact. On retrouve aussi et surtout le mouvement lié
à la morsure, qui n’étant pas inhibé
dans des conditions adéquates va s’exacerber ensuite
au travers des résultats favorables et successifs obtenus.
7.4. La stabilisation émotionnelle
Chacun peut constater que la stabilité émotionnelle
n’est jamais définitive dans une vie. Le processus
de stabilisation au fur et à mesure du développement
se fait en parallèle avec les critères précédents.
La confrontation avec des expériences stressantes ou
rassurantes, avec des situations ressenties comme dangereuses
ou menaçantes, avec différents enjeux considérés
comme vitaux par l’animal, va établir au fur et
à mesure un système de valeur émotionnelle
aux représentations. Ainsi, lorsqu’une situation
semblable se produit par la suite, la réactivité
du chien se fera en fonction de la valeur attribuée.
Celui-ci orientera ainsi ses choix stratégiques.
La stabilisation émotionnelle débute très
précocement. A tel point que l’influence des conditions
de vie et du comportement de la mère est importante à
ce niveau, sur les chiots dès la gestation.
Si les expériences émotionnellement marquantes
sont inscrites dans son parcours de manière cohérente,
diversifiée et positive, le chiot aura acquis des compétences
lui permettant de se rééquilibrer par lui-même
plus tard, en cas de confrontation difficile.
7.5. La socialisation
• La vie n’est pas
que végétative, elle est aussi relationnelle
Chez toutes les espèces vivant en groupes sociaux, les
comportements ont une valeur relationnelle fondamentale. La
vie relationnelle s’inscrit dans un contexte évolutif
nécessitant une capacité d’adaptation continue
et durable.
La vie relationnelle est aussi sociale lorsque l’individu
doit ajuster ses comportements par rapport à d’autres
individus qui l’entourent. Cet ajustement est d’intensité
et de fréquence variable selon les besoins de chacun
et selon les moments.
• Sociabilité et
socialisation
Etre compétent socialement correspond au fait d’être
capable de nouer des relations sociales avec d’autres
individus. On dit alors que l’individu en question est
« sociable ». L’expression de la
sociabilité ne se crée pas au hasard. Elle ne
peut pas non plus se décréter. Elle s’installe
en fait progressivement au travers d’un processus que
l’on appellera « la socialisation ».
Ce processus prendra des orientations différentes selon
que l’individu aura besoin de se protéger des autres
ou au contraire sera attiré pour prendre contact avec
d’autres individus de même espèce ou d’espèces
différentes.
En fin de compte, la socialisation est certes une tendance naturelle
dans les espèces destinées à vivre en groupe,
mais elle ne se réalise pas de manière si naturelle
que cela. Elle nécessite des conditions particulières
et notamment l’intervention d’éléments
socialisateurs. Ces éléments sont les liens créés
par les interactions avec l’entourage et l’environnement.
Certaines étapes favorables sont incontournables et une
progression doit être respectée.
• L’imprégnation maternelle
: première reconnaissance sociale
L’imprégnation correspond à une empreinte
perceptive précoce servant de référence
sociale primaire.
Il s’agit d’une sensibilisation profonde et durable
d’un individu à un ensemble de stimulus-signes
spécifiques de l’espèce. Cette imprégnation
se crée dès la naissance pendant une période
sensible courte. Chez les mammifères, elle a un support
biologique odorant, au travers de molécules spécifiques
appelées phéromones d’apaisement maternelles.
L’attachement qui découle de l’imprégnation
est très fort et fera que le petit ne reconnaît
dans un premier temps que l’objet de son attachement.
Cette période d’imprégnation est majeure
dans la vie du jeune qui inconsciemment gardera des traces des
caractéristiques de son espèce, de son identité
et de la capacité de sa mère à le rassurer.
Le processus de socialisation du chiot débute pour une
part importante pendant la phase d’imprégnation,
au travers du contact maternel pour ce qui concerne la reconnaissance
de sa propre espèce. Cette modalité paraît
évidente mais n’est déjà pas toujours
correctement réalisée, notamment lors d’allaitement
artificiel et si la mère n’est plus présente
après la naissance.
• Plusieurs niveaux de reconnaissance
sociale
La connaissance d’autres individus appartenant à
la même espèce débute également à
l’élevage sous deux modalités différentes.
La première est le contact avec les chiots de la portée.
La deuxième est le contact avec les autres chiens jeunes
et adultes de l’élevage. Cette modalité
permet aux chiots de reconnaître des caractéristiques
différentes appartenant à des individus de la
même espèce. Cette étape est actuellement
shuntée dans les élevages de type production où
les contacts sociaux des chiots dans leur espèce sont
restreints à une courte période avec leur mère
avant le sevrage alimentaire et aux autres chiots de leur portée.
La connaissance des autres espèces en tant qu’espèces
amies est un acquis et dépend de leur présence
favorable pendant la période adéquate du processus
de socialisation. C’est cette étape qui est la
plus importante dans le développement de la relation
de l’homme avec le chien de compagnie. Cependant, ce processus
de socialisation inter-spécifique (entre espèces
différentes) doit être mis en place de manière
prudente afin de préserver la confiance du chiot envers
l’espèce humaine tout en évitant de perturber
sa socialisation intra spécifique (de la même espèce).