VI
- Le développement comportemental est sous-tendu
par la maturation du système nerveux
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cette partie biologique, pourront passer directement au chapitre
suivant (n° 7)
6.1. Un organisme est un tout
• Le développement
comportemental est une maturation, pas une construction mécanique
Le développement d’un être vivant ne se fait
pas par hasard. Il se fait par l’intermédiaire
d’une succession d’étapes. La maturation
neurologique est responsable de la plus grande partie du développement
des comportements. Elle a un support anatomique et physiologique.
Une partie du schéma de la construction a une base génétique.
• Le physique et le psychisme
ne sont pas indépendants
Tout le monde a connaissance de la distribution de l’organisme
en différents systèmes ou appareils qui, sur un
support anatomique ont chacun une ou plusieurs fonctions.
Les fonctions sont repérables macroscopiquement (ex :
la nutrition avec l’appareil digestif, l’élimination
avec l’appareil urinaire, la reproduction avec l’appareil
génital) ou microscopiquement (ex : système
immunitaire). Les systèmes qui interagissent avec plusieurs
autres sont les plus complexes (ex : système
nerveux, système endocrinien). A chaque
fonction correspondent un ou plusieurs rôles dans l’ensemble
qu’est le corps.
Les comportements se développent principalement par l’intermédiaire
du système nerveux mais sont liés à toutes
sortes de fonctions.
6.2. Les comportements ont une fonction
au sein de l’organisme
• Sur quelles bases les
comportements s’inscrivent-ils dans le répertoire
de chaque individu ?
Les comportements sont un ensemble de phénomènes
observables. Ils ont à la fois une base anatomique donc
structurelle et une base physiologique
donc fonctionnelle.
La génétique de l’espèce
intervient comme schéma fondateur morphologique et physiologique
ainsi que dans l’organisation essentielle des compétences
psychologiques et relationnelles.
Les comportements s’organisent donc selon des priorités
dont certaines sont communes à toutes les espèces,
c’est-à-dire la survie de l’individu et la
pérennité de son espèce. D’autres
priorités sont variables selon les espèces, d’autres
encore sont variables en fonction des stades de développement.
Le chien a en sus des variantes de comportement liées
à la race du fait d’une sélection de longue
date pour des objectifs de coopération comme la chasse,
la garde de troupeau, la garde de l’habitat…
Les comportements sont des ensembles complexes
qui d’un côté se décomposent en unités
comportementales et d’un autre côté sont
susceptibles de s’assembler au fur et à mesure
des acquis pour former des stratégies.
• Les comportements sous-tendent
l’adaptation de l’individu
Ils sous-tendent l’adaptation de l’individu lorsqu’ils
répondent à une variation interne de l’organisme
ou à une modification de l’environnement.
Ils peuvent aussi correspondre à une anticipation sur
un événement connu et mémorisé.
• De nombreux comportements
appartiennent aussi à la fonction de relation
La fonction de relation a comme support anatomique principal,
le système nerveux. Le système nerveux
est une sorte d’échangeur d’information.
Il perçoit, il reçoit, il distribue, il transforme,
il mémorise. Il permet l’action, l’inhibition,
la réflexion, l’émotion.
La réciprocité dynamique et évolutive,
constitutive de la relation de l’organisme et de son environnement,
permet à chacun la progression
de son identité au travers de ses états de conscience,
de son instinct, de sa mémoire et de son intelligence.
6.3. L’essentiel des comportements
provient de la maturation et de la compétence du système
nerveux
Une grande partie de l’organisation du corps passe donc
par le système nerveux que l’on divise classiquement
en deux : central et périphérique. Dans la
réalité, les deux parties sont en fait reliées
de manière très intriquée et sont en continuité
de fonctionnement.
• Le système nerveux
fonctionne à partir d’un plan topographique et
de moyens de transmission
La topographie neurologique
La répartition des neurones et leur mode de fonctionnement
ont un rôle fondamental pour la distribution des rôles
au moment de l’organisation du comportement.
Certains neurones centraux ont par exemple une topographie en
éventail qui leur permet de diffuser l’information
de manière large et simultanée vers de grandes
portions du cerveau.
La transmission neurologique chimique
Elle correspond à la diffusion de neurotransmetteurs
dans les interfaces entre les neurones (synapses).
Un équilibre très délicat se constitue
à chaque instant de la vie. Cet équilibre est
sans cesse remis en question par rapport aux modifications internes
et externes. Ce mode de communication inter-neuronal permet
une diffusion large et instantanée de l’information.
Il a un rôle majeur au niveau du système nerveux
central. C’est ainsi que se propagent les émotions.
L’évolution de la transmission chimique au cours
du développement de l’individu sera à l’origine
de ce qu’on appelle la plasticité neuronale. La
plasticité neuronale sera
en rapport avec la mise en place dans les synapses de multiples
récepteurs répondant aux différents neurotransmetteurs.
Selon la répartition, la nature et le nombre de ces récepteurs,
la sensibilité de l’individu
variera. Les conséquences sur sa propre réactivité
individuelle seront importantes et pourront pénaliser
de manière extrêmement importante la modulation
de ses capacités d’adaptation.
La transmission neurologique électrique
Elle est basée sur une différence de potentiel
électrique qui circule d’une extrémité
à l’autre des neurones. Ce mode de transmission
présente l’intérêt d’atteindre
un but éloigné avec efficacité, précision
et rapidité.
Il ne crée pas de phénomène de diffusion
vers les neurones sans lien anatomique et permet par exemple
la diffusion rapide d’une information (ex : la motricité).
On peut donc deviner l’importance de l’acquisition
de voies conductrices organisées.
• La maturation neurologique
suit l’évolution de la transmission neuronale au
cours du développement
Celle-ci suivra globalement un schéma anatomique génétiquement
déterminé. À partir de ce schéma
indicateur, au cours de la maturation neurologique, des opportunités
se créeront dans l’environnement ou ne se produiront
pas. Ces opportunités initieront l’expression des
variantes individuelles. Ces variantes seront plus ou moins
amplifiées selon les localisations neuronales et selon
la répétition et la diversité d’utilisations
des neurones en développement.
Toutes sortes de fonction sont mises en cause dans ce processus
de maturation neurologique. Leurs liens sont d’autant
plus complexes que l’on se rapproche du système
nerveux central.
De cette complexité ressortent trois grands axes qui
nous intéressent : la fonction motrice,
la fonction sensitive, la fonction cognitive (mémorisation
et utilisation des apprentissages, compréhension des
situations). Au sein de ces fonctions, on retrouvera le même
schéma : création d’un réseau
neuronal, sélection des neurones utiles pour chaque fonction
ou comme médiateur entre les fonctions, augmentation
de leur performance au fur et à mesure de leur utilisation,
réduction de leur performance par manque d’utilisation.
Le processus d’intégration et de sélection
neurologique
Le cerveau ne dispose pas d’un processus central unique
comme un ordinateur, et ne peut accumuler les données
sans les sélectionner. Un processus ouvert coordonne
la dynamique neuronale dans le but d’intégrer les
données perceptives et motrices. Cette intégration
ne pouvant être infinie, elle est suivie d’un processus
de sélection qui rend l’individu capable de discriminer
un objet ou un évènement dans son contexte et
dans un but d’adaptation.
L’homogénéité du résultat
d’ensemble masque la complexité des détails
structurels et fonctionnels
« Tout ces traits particuliers au cerveau (connectivité,
variabilité, plasticité, aptitude catégorielle,
valeur, dynamique réentrante) opèrent de façon
hétérogène pour produire un
comportement coordonné. » (Edelman
et Tononi ; 2000).
Le phénomène d’intégration des données
issues du cerveau, du corps et de l’environnement fera
une synthèse qui redonnera une vision globale et homogène
à l’ensemble du comportement observable.
• La mémoire des
êtres vivants n’a rien à voir avec celle
d’un ordinateur
Le cerveau ne se fabrique pas avec des composants qu’on
associe, il se développe.
La catégorisation perceptive est spécifique
du cerveau et les ordinateurs n’y parviennent pas. La
sélection neuronale liée aux interactions du cerveau
avec le corps et l’environnement est le support anatomo-physiologique
de cette compétence.
Les représentations mentales servent de référence
La faculté de créer des images mentales nommées
représentations débute très précocement.
Pendant le développement, même chez le tout jeune
individu, les situations vécues passivement ou activement
sont mémorisées et leurs propriétés
seront intégrées en tant que références.
Dès l’opérationnalisation des capacités
perceptives, la conscience emmagasine toutes les données
de l’environnement. Chez le très jeune individu
ayant encore peu de capacités motrices, les acquis concernent
plus l’intégration des images de l’environnement
que des acquis moteurs. Ces images formeront ses premières
représentations du monde.
L’évolutivité individuelle du cerveau dépendra
de la répétition ou de la continuité éventuelle
des situations. Elle dépendra également du ressenti
(sensibilité, émotivité, affectivité)
qui accompagne ces situations.
Dans le cerveau, on ne peut rien remplacer, ni effacer.
Toute l’histoire de l’individu est inscrite et sert
de référence même inconsciente. « Chaque
cerveau porte en lui les marques des conséquences de
son histoire développementale et de son histoire vécue. »
(Edelman et Tononi ; 2000).
6.4. Le développement des comportements
suit le développement neurologique comme une architecture
dynamique dans le temps et dans l’espace
• Dans le temps
Le développement des comportements est balisé
par des critères d’organisation qui sont fonction
des caractéristiques et des besoins de l’espèce.
Le schéma est précis et suit une succession de
périodes favorables (périodes sensibles) à
certaines évolutions de l’organisme dans sa vie
relationnelle. La durée de ces périodes est souvent
très précise et déterminée génétiquement
car reproductible à l’identique chez tous les individus
de la même espèce.
Toutefois, certaines variations de temps au niveau des périodes
sensibles peuvent exister individuellement, tout en restant
limitées. Ces variations sont en général
fonction des acquis précédents, de leur valeur,
de leur continuité, des ressources disponibles pour l’individu
et des risques éventuels présentés par
l’environnement. En effet, la présence de dangers
extérieurs et perçus comme tels par l’individu
vont avoir tendance à raccourcir la durée des
périodes sensibles pour rendre opérationnel les
comportements prioritaires de sauvegarde. Ainsi les comportements
de jeux et de participation sociale chez un individu en danger
ou en souffrance seront très diminués, voire inexistants.
• Dans l’espace
Suite à la confrontation avec l’entourage et l’environnement,
les comportements s’ajustent sans cesse et mémorisent
les acquisitions.
Le plan d’évolution des comportements suit tout
au long de la croissance, celui du système nerveux sous
forme de maturation et de mémorisation.
Le détail précède la synthèse.
6.5.
Qu’en est-il chez l’animal ?
• L’animal n’est
pas une machine
L’animal est capable d’émotions. Ses moyens
d’expression sont différents des nôtres et
ne nous sont pas encore tous compréhensibles. Les processus
de développement neurologique sont voisins des nôtres
tout en ne développant pas des facultés de même
niveau.
Les facultés perceptives des animaux ont évolué
en fonction des modes de vie. Dans bien des cas elles se montrent
d’une extrême efficacité et supérieures
aux nôtres sur certains points. Par contre, les animaux
n’ont pas accès à la conceptualisation et
à l’expression d’idées abstraites.
• Les émotions et
leur traduction
Les émotions ont une influence extrêmement importante
sur les comportements car elles sont susceptibles de marquer
fortement la mémorisation d’une situation. La conséquence
peut être beaucoup plus tardive et prendre des chemins
très différents selon les individus, en fonction
de leurs références précédentes
et des liens émotionnels qui auront été
créés.
La restitution peut être tardive. Elle paraît surprenante
pour l’observateur non informé. Elle est toujours
à l’origine de zones de vulnérabilité
psychiques, responsables d’un certain nombre de difficultés
d’adaptation de l’individu, voire d’incapacités
à développer un comportement cohérent face
à certaines situations.
• La cognition animale
Les capacités cognitives des animaux ne sont pas reconnues
de la même façon par tous.
Deux courants de pensée coexistent : behavioriste
et cognitiviste, qui partent de point de vue différents
à propos de l’utilisation du psychisme. Ces courants
de pensée ont subi des influences culturelles très
marquées et se sont prolongés en pratique par
des attitudes très différentes des humains vis-à-vis
des animaux, notamment en matière d’acquisition
d’apprentissages.
Le behaviorisme, né aux Etats
–Unis au début du vingtième siècle,
a pour principe de n’envisager les comportements observés
que dans l’association entre le stimulus déclencheur
et la réponse obtenue. Il ne tient compte que de ce qui
semble objectif, de ce qui est observable et des relations directes
avec ce qui est observé.
Les principes behaviouristes ont été à
la source de la plupart des méthodes de dressage actuelles
dans le monde de l’animal utilitaire (chien et cheval
principalement). La cynophilie française s’en est
d’ailleurs beaucoup inspirée et continue encore
aujourd’hui d’appliquer ces méthodes même
pour les chiens de compagnie destinés à vivre
en famille.
Les compétences linéaires développées
au travers de l’approche behaviouriste ne favorisent pas
le développement de liens équilibrant les apprentissages
et le ressenti émotionnel et affectif. Le chien n’apprend
pas alors à sélectionner les situations pour faire
des choix adaptés. Ce manque de sélectivité
laisse des trous susceptibles d’être dangereux dans
la compréhension par l’animal des situations ultérieures,
ce qui complique bien la vie des maîtres.
Le cognitivisme en éthologie
animale se base sur la reconnaissance de capacités chez
l’animal d’élaborer des représentations
et d’utiliser les liens ainsi créés
pour juger la situation.
Le phénomène de cognition recouvre deux ordres
de processus : les opérations qui permettent la
construction d’éléments de base ou les opérations
qui portent sur ces éléments et les relient entre
eux (raisonnement).
Les conséquences sont importantes dans le cadre de la
vie de tous les jours avec le chien de compagnie qui, grâce
à un développement cognitif correct est capable
d’acquérir des connaissances utiles pour comprendre
agréablement les situations vécues avec ses maîtres.
L’existence d’une cognition animale
implique que lorsque les conditions de développement
ont permis une maturation puis une sélection neurologique
correcte, l’expérience consciente est alors valorisée
et permet à l’animal de donner un sens aux situations
vécues, d’être capable de faire un choix
et d’en déduire des stratégies. La structure
du cerveau des vertébrés supérieurs permet
cela.