V
- La
filière du chien est malade
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5.1.
Le chien otage est malade
• Le chien otage est malade
de trop d’attentions ou de pas assez d’attentions
En fait, tout le monde semble s’intéresser au chien
mais probablement pas comme il faudrait et de toute façon
sans coordination.
En fait, toutes sortes d’intérêts sont à
l’origine de véritables enjeux.
La situation devient grave car plus le temps passe, plus le
marché commercial s’installe, plus les profits
s’accumulent, plus il sera difficile de libérer
le chien otage.
• Le chien otage peut aussi
être malade de vraies maladies
Au sein d’une production et d’une commercialisation
intensives, les conditions de vie, de transport et de vente
sont stressantes et responsables de nombreux problèmes
médicaux pour les chiots ainsi que de mortalité.
• Le chien otage est malade
de troubles comportementaux liés à un développement
dans des conditions d’élevage inadéquates
Ces troubles grandissent avec lui et peuvent se transformer
en véritables pathologies comportementales. Ils deviennent
aussi responsables de nuisances.
Les chapitres 6 à 12 de ce dossier mettront en évidence
les liens entre les conditions de développement et les
inadaptations comportementales futures de l’adulte, en
particulier chez le chien.
5.2. Pourquoi le chien otage ne guérit-il
pas ?

Le
chien est otage d’une logique de marché que la
filière canine a laissé grandir en elle. Il est
pris en otage entre l’excès d’attention,
volontaire d’un côté pour le profit de quelques
uns, involontaire d’un autre côté par l’attirance
de la possession animale.
Une fois que les difficultés sont là, le chien
subit encore un excès d’attention tant qu’un
marché commercial peut exister à ses dépens.
Lorsque les difficultés sont insurmontables et le chien
bien malade, il est laissé à l’abandon,
ainsi que ses maîtres.
Il ne guérit pas car l’attention qu’on lui
porte n’est pas sincère au moment où il
le faudrait, car la désorganisation de cette attention
profite finalement au marché commercial. Aucune guérison
véritable n’aura donc lieu sans une réelle
volonté de collaboration de la part des différents
domaines intervenants.
5.3. Différents domaines sont concernés
• Le domaine de la protection
animale
La protection animale de terrain est submergée par le
quotidien. Il lui faut gérer une masse de chiens abandonnés,
leur entretien et les soins. Les adoptions sont difficiles à
mettre en œuvre et à réussir. Les euthanasies
sont malheureuses.
La protection animale ne peut plus être considérée
dans sa globalité, car il existe aujourd’hui en
son sein autant de points de vue que dans la société.
Dans ce domaine de la protection animale, on ne peut nier que
l’animal est l’objet de beaucoup d’attentions
sincères. L’amour des animaux cristallise
une grande sensibilité populaire pour une cause juste.
Il arrive toutefois que des enjeux financiers ou de pouvoirs
s’intercalent avec les véritables objectifs et
nuisent à la cause animale initialement défendue.
• Le domaine administratif
Il semble que ce domaine ait de plus en plus de difficultés
à organiser et à contrôler des structures
fiables, objectives et réglementaires sur une base populaire
de plus en plus subjective, idéalisée et très
médiatisée.
D’autre part, la référence de temps administrative
est si différente de celle du marché du chien…
On peut s’attendre à ce que les marchands anticipent
ou détournent rapidement les règles fixées,
pour leur profit.
De plus, l’arsenal réglementaire ne permet d’agir
actuellement que partiellement sur l’évaluation
sanitaire, et pas sur l’évaluation comportementale
du chiot.
• Le domaine politique
Celui-ci est obligatoirement concerné par ce qui concerne
ses électeurs : plus d’un tiers des familles
françaises possède un chien.
Même si le sujet du chien ne semble pas une priorité
parmi des dossiers à priori plus importants, les problèmes
liés à cette possession animale sont pourtant
quotidiens, notamment au niveau de la gestion des municipalités :
nuisances, conflits de voisinage, intolérance et peurs
sociales.
• Le domaine de la cynophilie
La cynophilie s’est construite et organisée au
cours du siècle dernier sur une base associative regroupant
des activités d’élevage, d’expositions,
de concours, de sélection génétique, d’éducation
et de dressage…
En éducation et en dressage, les principes utilisés
se basent essentiellement sur l’approche behaviouriste (stimulus-réponse)
issue des pays anglo-saxons. Cette approche possède un
certain nombre d’utilisations pratiques intéressantes
et correspond à certaines demandes, mais elle n’entre
pas aujourd’hui en adéquation avec les véritables
besoins de la plupart des familles françaises.
La cynophilie gère d’autre part beaucoup de secteurs
liés aux différentes utilisations du chien, sportives
notamment.
Elle gère également tout le monde de l’élevage
cynophile parmi lesquels on peut trouver des éleveurs
réellement motivés et attentifs aux animaux dont
ils ont la charge et qui ne demandent qu’à progresser.
• Le domaine vétérinaire
Les compétences du domaine vétérinaire
sont à priori les plus fiables, mais leur utilisation
dépend de la motivation de ses intervenants à
l’égard des problèmes de la filière
canine. En effet, on peut regretter de voir que certains se
préoccupent davantage du marché commercial que
du chien lui-même.
5.4. Les préoccupations et
les moyens des différents intervenants sont hétéroclites
Dans ces domaines, on trouve des personnes de statuts, de formations,
de compétences extrêmement variables et en général
peu contrôlées.
• Les statuts
1/ On trouve des bénévoles avec un statut associatif
pour des personnes issues de la cynophilie, agissant en club
d’éducation dans le cadre d’activités
à vocation de dressage (obéissance, sport, travail…).
2/ On trouve des professionnels avec un statut commercial, s’attribuant
souvent des titres non validés officiellement (« éducateurs»,
«dresseurs», «psychologues pour animaux»,
«comportementalistes»…).
3/ On trouve des professionnels avec un diplôme officiel
comme celui de vétérinaire et un statut libéral très
contrôlé. Il existe d’ailleurs un diplôme
de spécialité : vétérinaire
comportementaliste.
• La formation et l’information
1/ Pour ce qui concerne la cynophilie, il existe un monitorat
d’éducation canine à deux niveaux, qui valide
des compétences de terrain. Ces compétences sont
essentiellement pratiques et servent à mener un groupe
d’adhérents avec leurs chiens dans les activités
organisées par le club.
Dans le domaine cynophile, l’information est plus pratiquée
que la publicité.
2/ Pour ce qui concerne les professionnels de statut commercial,
aucune formation ne leur est imposée en dehors d’un
certificat de capacité délivré par l’administration
faisant suite d’un stage théorique très
court ou validant une certaine expérience professionnelle.
Le certificat de capacité semble avoir davantage valeur
de reconnaissance d’un projet, sans une véritable
vérification des compétences ni des méthodes
de travail utilisées par la suite, ce qui pour le client
sera difficile à appréhender.
De plus, le statut commercial donne la liberté à
toutes les formes d’information et de publicité.
3/ Au niveau de la formation, les vétérinaires
après leurs six années d’étude et
un doctorat d’état, héritent d’un
statut libéral lorsqu’ils sont en clientèle.
Ils peuvent compléter leurs connaissances au travers
d’une spécialité de « vétérinaire
comportementaliste », validée par un diplôme
des Ecoles Nationales Vétérinaires Françaises.
Celle-ci comprend une formation et un parcours d’environ
deux à trois ans.
Par ailleurs, la profession de vétérinaire a des
règles déontologiques internes qui lui interdisent
toute publicité et rendent difficile la diffusion des
informations.
• Les rôles
Le manque de clarté des rôles et attributions de
chacune des activités autour du comportement du chien,
ne favorise pas une progression logique et cohérente
des maîtres après l’acquisition du chiot.
En effet, les messages sont brouillés et engagent les
maîtres dans des situations parfois inextricables dont
ils porteront seuls les conséquences.
5.5. Vers une guérison ?
Si nous ne voulons pas que le suivi inadapté des chiots
puisse devenir une référence et même une
norme, il est urgent de coordonner la recherche de solutions.
Tous les intervenants ont un rôle important pour donner
l’impulsion d’un changement, car le chien est otage,
la filière est malade et la société est
victime.
5.6. Une meilleure prise en compte
des conditions de développement comportemental du chiot
est indispensable
Les connaissances en matière de développement
comportemental sont importantes à acquérir pour
mieux évaluer les liens existant entre les comportements
inappropriés du chien et ses conditions de développement
notamment pendant la période d’élevage.
Les chapitres suivants seront consacrés à ce thème.